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 Le Lot-et-Garonne, terre d’accueil des marins


Les textes qui suivent ont été rédigés avec l’aimable contribution de Maurice Cottenceau, capitaine de vaisseau honoraire, historien et membre de l’Académie des Sciences, des Lettres et des Arts d’Agen, ainsi que celle de Gérard Régnier, président de l’UDAMMAC 47 et président de l’AMMAC de Villeneuve-sur-Lot.


Le Lot et Garonne est situé au cœur de l'Aquitaine '("Aquitania", la terre des eaux " en latin), terre ouverte sur l'Atlantique et lieu de de passage  des marchandises qui transitaient de la Méditerranée vers l'Atlantique. L'historien romain Tacite rappelle cette situation  privilégiée de notre région dans le livre qu'il consacra à son beau-père, gouverneur de l'Aquitaine, La vie d'Agricola.

terre accueil des marins

Si le Moyen Age et la Renaissance furent surtout marqués par l'essor du commerce des vins de Bordeaux à destination de l'Angleterre, il faut attendre  le XVIIè siècle pour voir la Marine royale  recruter dans nos campagnes.

L'on ne doit pas oublier qu'à cette époque  la Garonne est navigable (et aussi le Lot) et qu'il existe toute une population de mariniers, de marins pêcheurs, d'ouvriers de petits chantiers navals locaux.

terre accueil des marins


 

Le grand changement intervient avec l'accession de Colbert aux affaires sous le règne de Louis XIV. Jusqu'alors, le personnel de la marine était recruté grâce au système de "la presse". Des détachements de la marine de guerre faisaient des descentes dans les ports et incorporaient de force des marins de la pêche et de la marine du commerce.

Colbert eut l'idée d'introduire un "système des classes", devenu plus tard l'inscription maritime. Tout homme jeune exerçant un métier en rapport avec la mer ou la navigation fluviale devait un temps de service sur les vaisseaux du Roi.

En contrepartie, le Roi versait une pension aux veuves et aux orphelins éventuels et il était institué une "caisse des Invalides" pour indemniser les blessés ou malades, victimes pendant leur temps de service. 


 

Ce système, qui subsista jusqu'aux années 1980, donna à la France sa plus belle marine de tous les temps, celle de Suffren et de de Grasse qui tint la dragée haute aux Anglais en particulier pendant la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis (1776-1783). Rien d'étonnant à ce que durant cette période, bon nombre de Lot-et-Garonnais aient servi sur les vaisseaux du Roi. Dans son étude très complète publiée en 2000 dans Le renard de timonerie, bulletin de  l'Amicale des Anciens Marins d'Agen, (publication aujourd'hui disparue), M.Gracieux, capitaine au long cours retraité, relève pas moins de 403 marins originaires de  l'Agenais, tués ou blessé pendant la guerre d'Amérique. C'est probablement là, l'une des origines des rapports étroits entre l'Agenais  et la Marine.
L’attachement  des lot-et-garonnais à la Marine a suscité de nombreuses vocations d’où sont issues des personnalités éminentes :

Le vice-amiral Jean André de Barrail, natif de Monclar (1672-1762).  (M. Jacques Maurette, Capitaine de Vaisseau honoraire,  lui a consacré une étude dans La Revue de l'Agenais, organe de la Société académique d'Agen, d'avril-juin 2013).

terre accueil des marins


 

Le vice-amiral Aymard Joseph de Roquefeuil (1717-1782) dont le portrait trône dans la grande salle du château de Bonaguil est une figure historique la maison des Roquefeuil-Blanquefort bien qu’il n’ait jamais résidé au château. Commandant des forces de mer et de terre à Brest, lieutenant général des armées navales, promoteur et premier directeur de l’Académie royale de Marine, il termine sa longue carrière de marin comme vice-amiral de la flotte du Levant.

Il est considéré comme l'un des principaux artisans de la politique navale de Louis XV et de Louis XVI qui a abouti à constituer la plus belle flotte que la France ait jamais connue et qui permit à la France et aux insurgés américains de vaincre la Grande-Bretagne, au cours de la guerre d'indépendance des États-Unis.

 

Monument Georges Leygues
à Villeneuve sur Lot


 

Georges Leygues, homme politique et homme d’Etat, né à Villeneuve sur Lot (1857-1933), fut membre de 18 gouvernements et plusieurs fois ministre de la Marine ; au cours des années 1920-1930, il fut le "reconstructeur" de la flotte française à bout de souffle à l’issue de la guerre 14-18. 


(M. Maurice Cottenceau, Capitaine de Vaisseau honoraire,  a écrit un  article sur ce sujet dans le recueil des actes du colloque "le Lot et Garonne au XXè siècle" qui s'est tenu à Agen en 1997).


Georges Leygues a par ailleurs représenté le Villeneuvois à la Chambre des Députés pendant 48 années pendant lesquelles il a comblé de bienfaits ses compatriotes. La ville lui doit en particulier la basilique Sainte Catherine et le théâtre qui porte son nom ; beaucoup de Villeneuvois se souviennent encore de sa sollicitude envers eux.

L'amiral François Darlan, natif de Nérac (1881-1942), demeure une grande figure de la Marine française même si sa carrière politique fut plutôt désastreuse, victime de son ambition et de ses mauvais choix. 

Le Capitaine de vaisseau Roger Bouan, né à Agen (1892-1940) et ancien élève du lycée Palissy, est mort glorieusement au commandement du contre-torpilleur Bison lors des combats de Norvège de juin 1940.

Cet attachement s’est également concrétisé par le parrainage de bâtiments de la Marine nationale par les villes d’Agen avec l’escorteur rapide L'Agenais (1957-1983) puis l’aviso Commandant Bouan, et de Villeneuve sur Lot avec la frégate anti-sous-marine Georges Leygues. Ce parrainage est aujourd’hui arrêté avec les retraits du service actif de ces deux bâtiments. Cependant cette année 2017, dans le but de sensibiliser les jeunes aux carrières de la Marine, une classe du collège Ducos du Hauron d'Agen s'est appariée avec une flotille aéronavale basée à Lann Bihoué et une classe du lycée Sainte Catherine de Villeneuve-sur-Lot a fait de même avec la FREMM (frégate multi-mission) Provence.

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le repli de l'Ecole navale à Clairac 


 

Enfin,  on ne saurait oublier le repli de l'Ecole navale à Clairac  dans les années 1943-44, cette ville offrant un plan d'eau utilisable par les élèves sur la rivière Lot. L'École était démilitarisée sous le contrôle de l'occupant et la formation limitée aux techniques de la navigation, la manoeuvre des embarcations et l'aviron.

En juin 1944, après le débarquement en Normandie, face à la menace d'un transfert des élèves en Allemagne comme main d'oeuvre forcée et face aux actions de la Résistance, le commandement de l’École décida de rallier les maquis locaux (cf. article publié en 2016 dans la Revue de l’Agenais par M. Cottenceau).

Jacques Raphael-Leygues, petit-fils de Georges Leygues, ancien  commissaire de marine puis maire de Villeneuve sur Lot de 1955 à 1974 et député, a probablement joué un rôle éminent dans l’aide  au recrutement dans la Marine nationale.

Aujourd’hui, ce temps est révolu mais la fibre marine reste solidement ancrée dans les cœurs et les esprits et la Marine est  largement présente dans le département, notamment lors des campagnes d’information pour le recrutement mais aussi avec ses 7 AMMAC de  Agen, Castelmoron, Clairac, Fumel, Marmande, Tonneins, Villeneuve sur Lot regroupé  au sein d’une Union Départementale des AMMAC (UDAMMAC47) réactivée le 22 avril 2017 qui avec ses quelques 200 membres constitue le noyau dur du rayonnement Marine dans le Lot et Garonne.
 

 


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