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TOURNON D'AGENAIS ET SES MARTYRS

3 juillet 1944


Après les événements de Monbalen, le groupe commandé par le Capitaine Barrès, Chef du Secteur N°10 des groupes VENY, trop isolé entre le Lot et Agen, s'installa au nord du Lot, dans la région de Castillonès.

Entre-temps, des éléments du secteur 10 avaient organisé un maquis du côté de Cazideroque.

Le 3 juillet 1944, l'ordre était donné à ce groupe commandé par le chef du secteur de Dausse, FOURNIÉ Pierre, d'effectuer une mission pour récupérer des armes et du matériel. Un commando composé de FOURNIÉ Pierre, CHAUVIN Georges, TESTUT Paul, GITSLIN Maurice, MALARDEAU Henri, GRUMBLAT Abraham et DELRIEU Jean, est désigné pour accomplir cette mission.

Vers neuf heures au passage à Tournon d'Agenais, le chef FOURNIÉ s'arrêta pour recueillir des renseignements au café Lecombe, pendant que sous la conduite du sous-chef CHAUVIN, le groupe partait pour accomplir sa mission.

A son retour, vers 10 heures 30, la voiture qui précédait celle conduite par CHAUVIN s'arrêta à 150 mètres du croisement des routes Agen/Fumel et Villeneuve/Cahors, pour inspection des lieux et assurer la sécurité du groupe à ce croisement dangereux.
 

A ce moment là, une auto-mitrailleuse précurseur d'une importante colonne allemande (une centaine de véhicules, 1500 hommes environ), faisant partie de la division de réserve Panzergrenadiers das Gespent (Le Fantôme), déboucha au carrefour du foirail, venant de la direction de Cahors. Les occupants de l'auto-mitrailleuse apercevant le groupe, stoppèrent et ouvrirent le feu sur les maquisards, qui, malgré l'effet de surprise s'égaillèrent dans les champs et jardins voisins. Bien qu'inférieurs en nombre et en armes nos amis ripostèrent vigoureusement, combattant en terrain dénudé et sans abris. Cernés de toutes parts, ils devaient l'un après l'autre être victime de leur héroïsme.

Le combat n'était pas encore terminé lorsqu'un camion d'un de nos groupes VENY, revenant d'une expédition au château de la Couronne, près d'Agen, cantonnement d'une unité de G.M.R., fit irruption. Cette expédition réussie, avec l'aide du camarade SOLA, avait pour but la récupération d'armes et de munitions. Le motocycliste précurseur tombé aux mains des allemands, dans les virages du haut de la côte, n'avait pu prévenir les occupants du camion.

Pris à partie, le camion stoppa, ses dix-sept hommes en descendirent et le combat recommença. Pendant 2 heures environ, nos camarades tinrent tête aux assaillants, rendant coup pour coup, organisant méthodiquement leur retraite, déployant un courage et un mépris du danger surhumains. Mais les allemands se sont déployés et au bout d'une heure et demie, l'encerclement de Tournon sera complet. Le groupe des maquisards s'est divisé en deux ; une partie a pu fuir vers la vallée du Boudouyssou ; l'autre partie a été dispersée et à bout de munitions s'esquive, qui dans les blés, qui dans les maisons du Bourg, voire dedans les citernes.
 

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Les allemands sont irrités et ne comprennent pas cette résistance. Presque tous les camarades du groupe Fournié ont été abattus. Aucune perte à déplorer parmi le commando venant de la Couronne, sauf quelques blessés légers. Du côté des allemands, quatre des leurs descendus par les rafales du F.M. et des mitraillettes et immédiatement camouflés dans un camion fermé. Il est vraisemblable qu'ils eurent d'autres blessés. Leur stationnement à Tournon n'ayant duré que quelques heures, il a été difficile d'obtenir de plus amples renseignements. C'est avec surprise que des amis reconnurent dans la colonne allemande un milicien de Fumel jouant au stratège, indiquant les emplacements et la topographie des lieux.

Au bout de deux heures environ, le combat cessa.
Nos camarades DELRIEU, GITSLIN, GRYNBLAT, LUGAU et MALARDEAU sont déjà raidis, le corps criblé de balles.
 

FOURNIÉ et TESTUT faits prisonniers sont interrogés, torturés, criblés de coups. Avec un stoïcisme admirable, ils opposent un mutisme complet à toutes les questions.

Pendant ce long interrogatoire, la colonne allemande a pris ses positions de combat. A cinq cents mètres aux alentours, toutes les routes sont gardées. Un canon est mis en batterie à côté du garage Autesserre, tirant en direction de Thézac et de "Laprugne". Une autre pièce installée en haut de Tournon tire sur "Latoufagne", du côté de chez Poulbère, et comme pour un exercice de tir, l'œuvre de mort ravagera la région. La ferme de "Loustalet" est incendiée. Tout être humain, que ce soit devant la ferme, dans les champs, sur les routes est pris comme cible. Les mitrailleuses guidées par des jumelles précisent leur tir et balaient tout. LHARIDON est tué devant sa porte à un kilomètre de là. Le Docteur WEISSMANN, en voulant rebrousser chemin, tombe à son tour, atteint d'une rafale. Le chef cantonnier MARTEGOUTTE ayant voulu sortir d'une maison est accueilli par la balle d'une sentinelle, qui lui fracasse le bassin.
La contrée est atterrée, la mort rôde et les nazis, encore altérés de sang, fouillent les maisons, pillent les logements et arrêtent une vingtaine d'otages. Une inquiétude mortelle, une angoisse terrifiante étreignent les familles. Que va-t-on faire de ces innocents.

Afin de les inciter à parler, FOURNIÉ et TESTUT, amenés devant les otages seront fusillés vers 15 heures. Mais personne ne bouge. Là encore les Français se sont montrés courageux, ils ont choisi la mort plutôt que la trahison et le déshonneur.

Ne trouvant plus personne et n'ayant pu attraper les survivants de la lutte, lassés de leur impuissance à connaître la vérité, après une dernière menace, la colonne s'ébranla aux environs de 16h30 vers Villeneuve/Lot où elle séjourna jusqu'au 21 juillet 1944.
Et ce sera comme à Monbalen quinze jours plus tôt, la triste et affligeante corvée d'inhumer les corps, d'avertir les parents, les familles, avec tout ce qu'elle comporte de larmes, de cris déchirants, de stupeur et d'anéantissement.

Du P.C. de Cuzorn, dès qu'il put être averti, une forte patrouille fut envoyée vers Tournon afin de venir en aide aux camarades interceptés. Lorsqu'elle arriva, l'ennemi avait repris la route de Villeneuve.
 

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(Merci à Livio Dalle-Grave à qui le document appartient.)


Abraham GRYNBLAT

fut tué lors de l'engagement
contre la colonne allemande.

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